Apprendre à délier les doigts avec Hanon et Czerny

Lorsqu’on débute le piano, on est confronté à un premier sentiment. La pratique de l’instrument n’est pas naturelle et on se sent maladroit avec nos doigts. La main gauche est faible comme les 4ème et 5ème doigts.
Jouer permet petit à petit de muscler ses doigts. Il est aussi important d’acquérir une indépendance de chacun des doigts, c’est ce que l’on appelle le délié.

Des exercices faciles permettent d’apprendre à délier : parmi les plus connus, on a les exercices et méthodes de Hanon et de Czerny.

 

Retrouvez sur cette page : d’autres méthodes pour apprendre le piano

 

Délier les doigts

Voyons tout d’abord la notion de délié et pourquoi est-ce important.
Délier, c’est donc travailler l’indépendance de chaque doigt, c’est une des bases de la pratique du piano. Il faut en même temps les muscler pour qu’il puisse jouer avec plus de facilité et plus d’endurance. Sans cela, vous pourrez avoir tendance à accompagner le mouvement d’un doigt avec le poignet (en l’abaissant) ou avec le bras. C’est une mauvaise manière, le jeu serait alors trop rigide et vous perdrez aussi beaucoup d’énergie.

L’objectif de délier et de renforcer les doigts est d’obtenir un jeu plus homogène. Les doigts jouent avec la même force et on fait preuve de plus de contrôle. On parvient ainsi à une sorte d’égalité sonore entre les doigts et entre les mains. La main gauche doit être aussi forte que la droite.

On parle bien d’indépendance entre les doigts et non d’indépendance entre les deux mains. L’indépendance des deux mains est une autre difficulté majeure quand on débute.

 

Comment délier les doigts ?
La réponse est simple, vous jouez n’importe quels morceaux et vous progresserez dans cet objectif. D’ailleurs, chaque difficulté technique peut être abordée au travers d’un morceau, d’un passage sur une partition.

 

Progresser au moyen des exercices

Il existe néanmoins un « concentré de technique » dans ce que l’on appelle communément les exercices.
Les exercices sont aussi des morceaux mais créés pour travailler et apprendre une difficulté bien spécifique. Ils sont souvent répétitifs, parfois très courts. C’est cette répétition qui nous fait intégrer plus facilement l’objectif. Pour ce qui nous intéresse, l’indépendance des doigts.

Il existe donc des exercices pour délier nos doigts. Ces exercices peuvent se pratiquer dès la première année de piano.
Attention, je ne dis pas que c’est la première chose à apprendre. Sur le plan pratique, vous jouerez autre chose que des exercices durant vos premières leçons (bien que jouer une suite de notes voisines constitue déjà un exercice d’indépendance des doigts).

Personnellement, j’ai joué quelques suites de notes puis des petits morceaux pour démarrer (dont quelques-uns de la Méthode Rose).
De plus, faire un exercice demande un certain niveau. Il faut être capable de le faire sans interruption. Si on bloque trop souvent, il n’est plus très utile.

Le plus simple est de demander à votre professeur, il vous accompagnera selon votre besoin (et j’espère votre envie).

 

Rentrons dans le vif du sujet,

Pour apprendre à délier les doigts, je vous conseille :

  • Le Hanon, les exercices pour « le jeune pianiste virtuose »
  • Les méthodes débutants du compositeur Carl Czerny

 

 

Hanon : 40 exercices de piano pour délier et se muscler

Si vous achetez ce recueil, achetez bien celui qui s’intitule « le jeune pianiste virtuose ». Il en existe un autre, moins débutant (c’est quasiment la même chose mais sur des octaves différentes).

Le Hanon est un ouvrage très célèbre. Il propose 40 exercices.
Ce sont tout d’abord des successions de notes voisines pour développer l’indépendance et la force des doigts. Sur la partition, il y a des motifs répétitifs pour favoriser ce que je précisais un peu plus haut dans l’article : la répétition comme moyen d’apprentissage.

Pour les 40 exercices, la main gauche et la main droite jouent les mêmes notes (les mouvements sont parallèles). Ainsi, tous les doigts travaillent de la même façon.

Voir la partition sur Amazon

 

Remarque si vous souhaitez travailler le solfège : ces exercices d’indépendance ne vous feront pas beaucoup progresser dans la lecture des notes. Ce n’est pas leur but.

 

Pour et contre le Hanon

Je vous fais part du débat habituel. La méthode de Hanon a ses fans comme ses opposants. Autant dire simplement qu’il y a les pianistes pour les exercices et d’autres contre.

Les contres ne travaillent pas d’exercices. Ils apprennent à partir des morceaux, d’une section de notes plus difficile (un passage en tierce, des passages du pouce, des mouvements plus rapides…). Un avis bien tranché, je ne suis pas totalement contre.

D’autres pianistes pensent que faire des exercices permet de progresser à un stade donné. Pratiquer le Hanon régulièrement durant sa 1ere ou 2ème année de piano se ressent sur le confort de jeu. Personnellement, c’est ce que j’ai fait, sur les bons conseils de mon prof.

A mon avis, il faut aussi avoir du bon sens et ne pas faire du piano que pour faire des exercices. Le but est quand même de jouer de vrais morceaux.

Et enfin, les fanas d’exercices ne peuvent pas commencer une séance de piano sans faire un échauffement à base d’exercices, de gammes, même en ayant 15 ans de piano derrière eux.
Pourquoi pas, si il le sente bien comme cela.

Au final, l’essentiel est de sentir que l’on progresse et de faire les choses selon ses besoins.

 

Le déliateur de Ernest Van de Velde

Le déliateur est un livre de partitions similaire au Hanon. Il propose des exercices progressifs pour travailler le délié. L’objectif est le même : gagner en agilité, endurance, en égalité entre les doigts et les mains.

Voir la partition sur Amazon

 

Choisissez l’une ou l’autre des méthodes, Déliateur ou Hanon. Il n’est peut-être pas très utile de cumuler.

 

Exercices et études de Carl Czerny

Carl Czerny (1791-1857) est un compositeur et pianiste très connu des pédagogues. Il est réputé pour avoir écrit une vingtaine de recueils d’études de tous niveaux.

Il a donc écrit pour les débutants quelques méthodes faciles pour commencer le piano. A l’opposé, ses études pour pianistes confirmés sont très difficiles.

Pour débuter en douceur, je recommanderai ces trois partitions :

Avec ces trois recueils, vous avez de quoi faire. Les opus 599 et 139 comprennent déjà chacun 100 exercices ! Des exercices pour les 5 doigts, le passage du pouce. Il y a aussi des extensions, des altérations, des intervalles, du lié et du piqué…

C’est très complet.
Un bémol tout de même sur la difficulté. Bien qu’elle soit progressive, l’Op.599 qui est réservé aux débutants est assez accessible au début. Mais passé le 20ème exercice, vous trouverez cela plus difficile voire impossible si vous en êtes à vos premiers mois de piano. Je vous laisse juger.

 

Mon conseil, ne vous découragez pas sur des exercices. Il faut que cela reste une difficulté technique et non un passage insurmontable parce que vous n’êtes pas en rythme, parce que vous bloquez sur les notes…

 

Des exercices pour apprendre quoi ?

Les exercices donnent des objectifs de travail pour :

  • pour les 5 doigts
  • pour les doigts les plus faibles, le 4ème et le 5ème doigt
  • des extensions (c’est l’écartement entre les doigts)
  • pour le pouce, le passage du pouce
  • des intervalles : tierce, sixte, octave
  • des gammes

 

L’extension des doigts

Le travail de l’extension permet d’acquérir plus de souplesse.
La souplesse est un critère important. Elle rend notre jeu moins rigide et surtout elle offre des possibilités supplémentaires dans les liaisons, les écartements entre deux touches.

Les exercices d’extension qui découlent du travail de l’indépendance des doigts se pratiquent : entre les doigts voisins 1-2, 2-3, 3-4, et 4-5 mais aussi entre les doigts 1-3, 2-5 ou encore 1-5.
Ce dernier écartement entre le pouce et l’auriculaire donne l’écartement total de votre main, ce que l’on peut aussi appeler l’empan.

 

Conseils de base pour réaliser vos exercices

Durant les exercices, il faut veiller à :

  • conserver un bon placement de la main (les doigts légèrement arrondis, le pouce à l’intérieur du clavier)
  • éviter les tensions qui rendraient l’exercice non productif et même dangereux pour vos articulations ou votre poignet
  • aménager un temps limite : pour ne pas faire trop d’efforts ni passer à côté des autres « vrais morceaux »
    et…
  • faites-vous conseiller par un professeur

 

Et on finira sur cette remarque. Faire appel à un professeur permet de se faire guider dans le choix des exercices et leur réalisation. Il vous conseillera sur la bonne façon de faire, vous précisera le but technique.

Par la suite, vous pourrez tranquillement travailler chez vous, seul.

 

N’allez pas consacrer tout votre temps ni toutes vos leçons à des exercices. J’estime qu’il faut utiliser les leçons pour les morceaux « pédagogiques », plus mélodiques que des exercices et surtout, sources de plaisir.

Je vous souhaite un bon apprentissage et de bien délier !

Cet article vous a-t-il apporté des conseils utiles ?

Continuez à apprendre en recevant tout de suite :

Les guides gratuits "Les bonnes méthodes pour apprendre vos partitions" et "300 accords de piano"

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24 commentaires


  • Roland

    Bonjour Benoit, je viens de lire votre mail « Apprenez à délier avec des exercices »il arrive juste à point. Surtout lorsqu’on n’est plus très jeune.Je me suis rendu comte qu’il faudrait bien deux cerveaux indépendant l’un de l’autre, un pour la main gauche et un pour la main droite.Hélas on en n’a qu’un, il faut faire avec.
    On dit que les filles sont multitâche , on t-elle plus de facilité à jouer du piano ?
    J’ entame ma 2eme année de solfège. Je joue des partition simple en autodidacte depuis une année (méthode « Aaron ») Cette année je pourrai avoir un professeur de piano à l’académie.

    • Benoit

      Bonjour Roland,

      On parle bien d’indépendance des doigts dans l’article (et non entre les deux mains), pour éviter la confusion.

      Mais c’est sûr, les méthodes de Hanon et Czerny s’appliquent aussi pour développer la coordination et l’indépendance entre les mains.
      La main gauche est souvent la plus faible (pour les droitiers), elle peut être « à la traîne » par rapport à la droite.

      Je ne sais pas si être multitâche peut aider. Être cartésien peut avoir son utilité, pour les rythmes.

      Mais je pense que tout est question de méthode dans le travail, si on souhaite progresser.

      Bon courage pour votre 2ème année !

      • pascale

        bonjour benoit ,

        merci pour votre site , il est genial.
        J aimerai savoir le type de piano que vous conseillez pour commencer?

        Cordialement ,pascale

        • Benoit

          Bonjour Pascale

          Merci

          Pour débuter avec un piano numérique, vous pouvez lire cette sélection 2014 de piano.

          Pour démarrer de façon générale, plutôt avec un petit budget, vous pouvez lire cet autre article.

          Pour ma part, j’ai débuté mes 3 premières années avec un numérique Kawai CA5 (ex CA15 d’aujourd’hui), 1er prix pour du toucher bois donc clavier lourd. Puis j’ai maintenant en plus, un piano droit Wilh. Steinberg IQ 16.

          Bonne continuation

          • Olivier

            Bonjour et merci pour toutes ces infos . Il me sera impossible d’avoir un vrai piano , problème de place et de puissance . Jj’apprends sur un vieux clavinova , faux dans les basses et bruyant dans le toucher , et compte m’acheter un Kawai es 8 , qui parait très séduisant au niveau toucher et sonorité , impossible quand meme de l’essayer car trop loin et en plus le coté arrangeur de la chose semble très séduisant pour le plaisir , et pour travailler l’impro , tu connais ce clavier ? , si oui , qu’en penses tu , en gros 1500 € QUAND MEME .

          • Benoit

            Bonjour Olivier,

            Je ne connais pas ce piano numérique. En regardant sa fiche, c’est un clavier portatif, donc à privilégier pour son côté transportable et ses fonctions numériques avancées. Il semble avoir de bonnes critiques dans cette catégorie (et cette fourchette de prix) : toucher (dans la limite des portables), sonorités.

            Je te renvois vers cet article pour avoir des informations générales sur les claviers numériques.

  • R.GEORGES

    Bonjour et merci beaucoup pour ces partitions pour débutants.
    Cordialement.

  • Sonia

    Merci pour cette article et pour les liens vers les partitions de Czerny. J’ai encore du mal à lire la clé de fa et je suis surprise que les premiers exercices du « Premier Maître » soient en clé de sol pour les 2 mains. J’hésite à faire ces exercices car j’ai peur de prendre de mauvaises habitudes et de m’embrouiller. Si je commence à la partition 32 (1re en fa) je risque de galérer, c’est plus compliqué…
    Qu’en pensez-vous ?

    • Benoit

      Bonjour Sonia,
      C’est une bonne remarque. Les 2 premiers recueils sont en clé de sol au début.

      Ce n’est pas grave de faire que de la clé de Sol si vous débutez (et si l’exercice est spécifique au délié).
      Après, je dirai qu’il faut quand même varier avec des morceaux faciles dans les deux clés.
      Pour cela, vous pouvez pratiquer les Mikrokosmos (livre 1) : le lien de la partition dans cet article.

      D’ailleurs, il est intéressant de varier les clés à la main gauche, comme les tonalités (pour les altérations).
      Cela fait faire un peu de gymnastique et renforce l’aspect lecture (quand on est au stade du déchiffrage).

  • sonia

    Super, merci beaucoup. Votre blog est vraiment excellent, c’est le meilleur que j’ai trouvé pour débutant.

    • Benoit

      Merci, c’est sympa !

  • Anselme

    Merci beaucoup,
    je pense que je vais pouvoir bien les travailler.
    Dernierement vous avez parle de clavier electrique, pouvez vous m’eclairer sur ce point SVP?

    • Benoit

      Bonjour Anselme,

      Clavier électrique ou clavier numérique, l’opposé du piano acoustique (droit ou à queue). C’est un choix à faire lorsqu’on débute ou qu’on souhaite investir dans un nouveau piano.
      J’ai effectivement rédigé cet article sur une sélection de pianos numériques pas chers.

      Le clavier numérique dispose d’avantages : compacts et portables pour les plus légers, les fonctions numériques, ne se désaccorde pas…
      Le principal défaut est la mécanique. Il faut viser un clavier numérique plus lourd pour pouvoir se rapprocher d’un piano acoustique. Mais les sensations du toucher et le travail du son seront toujours plus intéressantes avec un vrai piano.

  • Gilbert

    Bravo Benoit, j’ai un prof qui vient seulement deux fois par mois pour me conseiller, rectifier, et… m’encourager. Je cela bien utile, d’autant qu’il « m’alimente » en morceaux sympas (il fait aussi du jazz) et m’initie au Blues à travers les « grilles ». Je commence à me faire plaisir après environ six mois.

    A bientôt.

    • Benoit

      Merci Gilbert. A bientôt

  • anne

    Bonjour, j’ai commence le piano il y a un an avec professeur, sans avoir aucune base ni de solfege, ni d’instrument. Nous avons entame Czerny apres 8 mois et c’est pour moi une revelation. Une pratique quotidienne de 30′, centree sur les etudes Czerny et les morceaux des examens de piano Trinity et ABRSM, m’ont permis a la fois de progresser rapidement dans l’apprentissage du rythme, la lecture de partition et les automatismes, l’independance des doigts.. Je compare cela aux exercices techniques au tennis. Les morceaux sont egalement tres melodieux et en maitriser un m’apporte beaucoup de plaisir.

    • Benoit

      Merci Anne de parler de votre expérience.

      Bonne continuation

  • Marie

    Bonjour et merci pour vos conseils…C’est toujours un plaisir et une surprise de découvrir un message de vous, même si mon niveau est plutôt bas !!
    A bientôt

    • Benoit

      Merci Marie 🙂

      A bientôt

  • A

    merci merci ces exercices ne seront pas de trop
    je vais profiter de mon mini congé de noel pour en faire quelques uns …je vous tiens au courant
    merci beaucoup

  • Gayed

    Bonjour je jouais à l’oreille y a 20 ans et la j’ai envie d’apprendre le solfège et bien le piano j’ai trouvé tellement de vidéos YouTube que je m’y perd. J’ai trouvé la Hanon et donc commencé tous les jours 2 allers-retours et c’est lassant de devoir répéter et de voir qu’on ne progresse pas vite mais bon je vais aussi tester vos partitions quoique j’ai du mal à me rappeler les notes surtout clé de Fa et les 2 clés ensemble. J’ai les doigts qui fatiguent vite et ça ralenti ou ça s’emmêle entre les 2 mains. Je vais m’inscrire au conservatoire j’espère en septembre. J’ai 54 ans et à mon âge c’est plus difficile, merci encore.

  • Sebastien

    Bonjour Benoît. J’ai fait ces exercices naturellement des le départ sans déplacement sur le clavier mais je ne vois pas le lien ensuite vers l’indépendance des mains avec 2 mélodies différentes. Quels sont les exercices suivants pour s’y mettre progressivement (je n’ai que quelques heures de piano dans les doigts et quelques années de synthé loisir à l’oreille lors de mon enfance et adolescance).

    Merci beaucoup de vos tutos et vidéos vous êtes très pédagogue ce n’est pas le cas de tout le monde loin de la ! 😉

    • Benoit

      Bonjour Sébastien,

      Ici, il s’agit d’indépendance entre les doigts. Que chaque doigt soit mobile sans entraîner ou gêner son voisin, ou même sans provoquer un mouvement exagéré de la main ou du poignet (ces deux là accompagnent sans forcer les gestes).

      Il est aussi vrai que des exercices comme Hanon où les mains jouent les mêmes notes est déjà un petit défi pour réussir à jouer des deux mains. Il faudra d’abord comprendre un exercice, bien l’exécuter des deux mains, avant de le faire en boucle (plusieurs répétitions) pour travailler l’objectif final : renforcer les doigts, un écartement important, les doigts 4-5…

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