Jouer du piano avec les deux mains : comment franchir ce cap ?
Jouer avec ses deux mains est un des premiers grands défis au piano. C’est aussi l’essence du piano, on se sent davantage pianiste en jouant avec ses deux mains.
Mais cette grande base est aussi une des premières difficultés des débuts au piano.
Rassurez-vous : cette difficulté pour jouer avec ses deux mains est tout à fait normale.
Réunir ses deux mains à jouer ensemble, ce qu’on appelle communément la coordination des deux mains, elle n’est pas innée, elle n’est pas non plus évidente, elle s’acquiert progressivement.
On verra dans cet article une méthode simple pour franchir le cap de jouer du piano des deux mains, sans se décourager.
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Pourquoi jouer avec ses deux mains est-il si compliqué ?
On commence par les choses qui fâchent 🙂
On a tous ressenti cette frustration et ce blocage de jouer avec ses deux mains, de les mettre en action en même temps.
Jouer une mélodie avec une seule main vous paraît assez facile… puis vient le moment de jouer avec les deux mains, et tout semble soudain beaucoup plus compliqué !
Mais pourquoi est-ce si difficile ?
Les mains ne sont pas naturellement indépendantes
Cela est vrai pour différentes actions, mais quand on joue du piano, cela devient exacerbé car chaque doigt des deux mains doit répondre de manière totalement indépendante.
Le cerveau doit gérer plusieurs informations en même temps : les 2 mains, les 10 doigts. On a le contrôle individuel, mais c’est aussi une somme d’informations pour activer les mains et les doigts.
S’ajoute l’information du morceau. Pour le cerveau, chaque mesure, chaque note est une nouvelle combinaison d’informations qu’il doit traiter.
Le tout rend le processus complexe et on s’emmêle vite les idées ou, plus concrètement au piano, on se ralentit ou on se bloque…
A chaque main son rôle
Souvent, les deux mains ont des rôles bien distincts. La main droite joue la mélodie quand la main gauche accompagne.
Là aussi, ce sont des informations différentes que le cerveau essaie de traiter en même temps.
Et une fois encore, le cerveau peut vite « se faire des nœuds », car emmagasiner les informations de la mélodie et de l’accompagnement, et les traiter en même temps pour jouer des deux mains, cela est délicat.
Il apparaît alors plus facile de traiter les informations séparément.
Maîtriser chaque main séparément

C’est la première règle avant de répéter mains ensemble. On fragmente l’information pour la rendre plus facile à emmagasiner : on peut alors apprendre chaque partie des deux mains séparément.
- Connaître la mélodie de la main droite : on répète les notes, les doigtés et le rythme, la main droite seule. La mélodie doit devenir suffisamment familière. L’objectif est de mémoriser, de rendre l’action de jouer plus automatique.
- Répéter la main gauche : on fait de même, la main gauche seule. Celle-ci peut être plus facile quand l’accompagnement est quelques notes longues.
A l’inverse, l’accompagnement peut se présenter sous la forme de plusieurs notes jouées en même temps (comme un accord), ou l’enchaînement d’arpèges assez rapides (comme on dit dans ce cas, la main gauche »tricote »). Dans ces cas d’accords et d’arpèges rapides (ou d’arpèges avec des intervalles importants), l’accompagnement peut aussi représenter un petit défi.
Dans tous les cas, on pourra aussi s’entraîner la main gauche seule : le rythme, les notes, les déplacements doivent être compris.
Les clés de la coordination
Ne pas apprendre tout le morceau
La méthode est de toujours fragmenter l’information afin de réduire la difficulté constatée.
- Répéter une section de quelques mesures à la fois : on répète plusieurs séquences jusqu’à maîtriser, par exemple, une phrase musicale dans son ensemble. En travaillant par petites séquences, la mémorisation devient plus facile.
Remarque : je dis souvent qu’il est intéressant de faire un 1er déchiffrage de l’ensemble du morceau. Cela est réalisable (on s’entraîne à déchiffrer). Mais, assez rapidement, on passera à une étude par petites sections. - Répéter une difficulté : on bute sur une difficulté, un rythme, l’enchaînement de doigtés moins évidents, un déplacement… Si une mesure pose problème, répétez-la en boucle (et avec les mesures qui l’entourent).
- On assemble les sections : une fois plusieurs mesures connues, on passe aux suivantes, puis encore aux suivantes. Puis, on réunit les portions pour jouer l’ensemble sans (trop) s’arrêter. On continue ainsi jusqu’à jouer un morceau du début à la fin (on aura répété la fin du morceau autant de fois que le début).
Vous pouvez aussi lire : Astuces pour progresser plus vite sur une nouvelle partition de piano
Jouer lentement, une aide à la compréhension de ce qu’on joue

La lenteur permet au cerveau de mieux comprendre et de mieux mémoriser de nouveaux passages.
- Le choix du tempo : jouer lentement afin que chaque main et chaque doigt ne soient pas en retard. Un tempo lent est un tempo où les mains sont plus précises afin de tomber sur les notes dans le bon rythme, sans crispation. C’est le tempo qui permet d’enchaîner les doigtés de manière fluide, sans tension.
On comprend plus facilement ce que l’on joue. Un tempo plus lent est une aide précieuse pour l’acquisition des repères et la mémorisation en général de ce que l’on joue. - Jouer régulièrement : même à tempo lent, il faut conserver une pulsation régulière. Ne pas ralentir, ou au contraire, ne pas accélérer.
- Accélérer le tempo si et seulement si le passage devient maîtrisé. On se rapproche du tempo objectif du morceau.
La coordination en 3 étapes
On récapitule la méthode pour progresser vers la coordination des deux mains :
Étape 1 : je comprends ce que je joue.
Les mains apprennent séparément par petites sections de plusieurs mesures. Plus la section apparaît compliquée, plus je la répète.
Je ralentis le tempo pour que les mesures soient plus faciles à répéter et à mémoriser.
Étape 2 : je réunis les deux mains et j’assemble le morceau.
Je réunis les deux mains lorsque chaque partie est connue. Je continue à jouer lentement tant qu’il y a des imprécisions.
Je construis le morceau. D’une section, je passe à la suivante. Puis, j’assemble deux ou plusieurs sections, cette fois les mains ensemble.
Étape 3 : je consolide.
En jouant à deux mains, je continue les répétitions de passages. Je me rapproche du tempo objectif en ayant cette fois le geste plus sûr. Tout devient progressivement plus fluide et maîtrisé : les doigtés, le rythme, les mouvements et les déplacements.
On ajoute de l’expression : c’est la touche finale. On suit les nuances notées sur la partition. On ajoute de l’expressivité à ce qu’on joue.

Et si je ne parviens toujours pas à bien jouer des deux mains ?
On identifie le problème.
Est-ce que cela est dû à quelques notes, une difficulté de lecture pour jouer la bonne note, un rythme incompris ?
Ou, est-ce une main qui a du mal avec un mouvement particulier, un doigté, ou un écartement ?
On isole le problème. On le travaille séparément, chaque main à la fois, lentement.
On peut écouter le rendu du morceau quand cela est possible, pour tenter de le reproduire.
On simplifie temporairement. Par exemple, un accompagnement complexe peut être simplifié à quelques notes principales.
Si je ne parviens pas à avancer sur un morceau ?
Si on a passé plusieurs semaines sur un morceau (de manière assez régulière) et qu’il y a trop de blocages et d’incompréhensions.
Dans ce cas, il paraît évident que le morceau est trop dur. Je vous conseille de changer et de commencer un morceau plus facile.
Retenez qu’un morceau plus simple peut être plus formateur qu’un morceau trop complexe sur lequel vous perdrez en plus de votre capital motivation !
Le ou les morceaux plus faciles seront un tremplin vers des œuvres plus consistantes et exigeantes.
L’utilité des exercices :
Des exercices courts de coordination peuvent préparer au travail du jeu mains ensemble.
Exemple de morceaux faciles à répéter comme des exercices :
Pour conclure cet article,
jouer mains ensemble, c’est prendre en compte et réussir tous les premiers savoirs :
- pratiques : le délié entre les doigts, la liaison, les différents doigtés…
- théoriques en matière de solfège : la partition, les notes et le rythme
Parvenir à coordonner ses deux mains est donc un cap, et celui-ci se franchit en même temps qu’on construit l’ensemble du bagage de la musique et du piano.
Quand on débute, il faut donc toujours penser à simplification :
« les mains séparées »,
« quelques mesures de front »,
« lentement ».
Ce sont les maîtres-mots.
Bien sûr, avec le temps et l’expérience, vous pourrez plus facilement jouer directement des deux mains et sauter ou accélérer quelques étapes que nous avons décrit dans cet article.
Enfin, ajoutons les sentiments de plaisir et de progression, qui sont toujours importants et au cœur de ce qu’on recherche au piano.
Il ne faut pas confondre difficulté et absence de progrès. Même lorsque vous répétez de nombreuses fois un passage et que le résultat sonore n’est pas encore satisfaisant, le cerveau lui, continuera d’apprendre et de se former.
Encore une fois, tout repose sur le temps long et la consolidation d’automatismes. Automatisme, comme jouer du piano les deux mains ensemble !
Sur le même sujet, vous pouvez aussi lire : apprendre au piano l’indépendance des deux mains
Cet article vous a-t-il apporté des conseils utiles ?
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